Colza associé 2018

Avant Propos

Lors de la saison 2017-2018, Greenotec a implanté 10 essais en bandes sur les terres d'agriculteurs membres de l'ASBL, ainsi qu'un essai en micro-parcelles à Corbais.

Le tableau ci dessous montre que malgrés une année spéciale avec des récoltes précoces dû au climat fort humide en sortie d'hiver et à un printemps-été très sec, on arrive à avoir dans plus de 70% des essais des rendements supérieurs en colza associé par rapport au témoin colza pur. 

Nous allons surtout nous focaliser sur les résultats de l'essai en micros parcelles se situant à corbais. Cet essai a été étudié plus en profondeur. L'intégralité des résultats se trouvent dans le pdf en fin de présentation.

 

Tableau synthèse Colza associé 2018

Essai Corbais 2018

Vue d'ensemble Corbais

 

 

Photos des 8 modalités datant du 13 novembre 2017 à Corbais (cliquez sur les photos)

N1

Témoin colza pur + gaillet chenopode matricaire

N2

Témoin colza pur -30UN

N3

Vesce pourpre / TA (plante compagne 2 J-D)

N4

Lentille f. / Gesse f. / Fénugrec (colza fix trio sem-partner)

N5

TA/ Lentille F.

 

N6

TA/ Lentille F./Féverole de p.

N7

TA/ Lentille F./Féverole de p./TB huia

Nyger /N8

Sarrasin/TA/Lentille/ Féverole /gaillet chenopode matricaire

Biomasses de plantes compagnes en entrée d'hiver

La figure suivant nous montre la biomasse sèche de différents couverts en entrée d’hiver de l’année 2012 à 2018 pour les essais scientifiques.


[1] L’année indiquée est celle de la récolte de l’essai. Les biomasses ont donc été mesurée durant l’automne de l’année précédente.

La première remarque à faire est l’importance de l’effet année. Alors que les années 2012, 2015 et 2018 produisent des biomasses relativement élevées, entre 0,92 et 1,28 T/ha de MS en moyenne, les années 2013, 2014, 2016 et 2017 produisent entre 0,3 et 0,61 T/ha en moyenne. Un couvert donnant une biomasse importante en 2018, le Vesce pourpre/Trèfle d’Alexandrie par exemple, produit beaucoup moins de biomasse en 2016 ou 2017.

On peut également mettre en évidence l’effet couvert. Tous les mélanges ne produisent pas la même biomasse. On peut par exemple remarquer que la modalité GFL (bleu) a produit un peu plus de 0,3 T/ha en 2018 alors que d’autres couverts ont produit plus de 1,4 T/ha la même année dans le même essai.

Deux variables sont représentées sur le graphique : nous pouvons comparer les biomasses suivant la modalité ainsi que la biomasse suivant le désherbage.

Analyse statistique disponible dans le lien disponible en fin de présentation.

Nous pouvons conclure des résultats sur la biomasse qu’on obtiendrait une biomasse de colza moins élevée que le témoin en associé mais que l’ajout de la biomasse des plantes compagnes permet d’obtenir une biomasse totale supérieur à un colza en culture pure. Nous avons aussi pu constater que la biomasse de chaque couvert était dépendant des espèces présentes dans le mélange, de l’année mais aussi de la présence du désherbage et son stade d’application.

Adventices

Le graphique suivant met en lien la biomasse sèche totale de la modalité avec le nombre d’adventices présentes. Chaque point représente la moyenne du nombre d’adventices de la modalité en fonction de la moyenne de biomasse pour la modalité en question, en entrée d’hiver. Ce graphique reprend les données recueillies dans tous les essais où les comptages ont été effectués, c’est-à-dire, dans l’essai scientifique, Verlée, Clavier, Mellery et Assesse.

On remarque de manière générale que plus la biomasse augmente, moins le nombre d’adventices par mètre carré est élevé. Gilles Sauzet nous indiquait qu’il faut une biomasse fraiche de 1,5 kg/m². Cependant, la biomasse fraiche n’est pas toujours juste puisqu’il peut avoir plu le jour de prélèvement, ajoutant la masse d’eau inutile. C’est pourquoi les graphiques sont, pour la plupart, exprimés en matière sèche.

 

Adventices en fonction du désherbage

Le graphique suivant montre le nombre d’adventices qui ont été comptés en fin d’hiver dans l’essai scientifique pour les modalités L/Fp/Sa/Ny, TA/L/Fp et les deux témoins. Les autres modalités n’ont pas été faite par faute de temps.

Lorsqu’on compare les témoins avec les autres modalités associées, on remarque que le nombre d’adventices est de manière générale moins élevé dans les modalités associées.

De plus, les témoins non‑désherbés présentent un nombre plus élevé d’adventices que dans les autres désherbages, contrairement aux colzas associés car il n’y avait pas de couvert pour contrer les adventices. Dans ce cas, il semblerait que les légumineuses soient plus efficaces que les herbicides pour concurrencer les adventices.

Dans trois modalités sur quatre, on remarque que le désherbage de pré‑levée est plus efficace que les deux autres.

Rendements

Chaque modalité a été récoltée avec la moissonneuse expérimentale appartenant à Redebel.

Les résultats des différentes modalités en fonction de leur désherbage est représenté dans le graphique ci‑dessous.

Malgré des problèmes de floraison dans plusieurs champs à proximité, l’essai a peu, voir pas souffert de ces problèmes. Le nombre de siliques était assez important et les rendements le confirment.

Après une analyse de la variance (α=0,05), aucune différence statistique n’a pu être mise en évidence entre les résultats des couverts. Cependant, nous pouvons observer différentes choses entre les deux témoins. Le témoin avec 30 d’azote supplémentaire produit un rendement nettement supérieur au témoin n’ayant pas reçu ces unités supplémentaires, ce qui n’est pas surprenant.

La comparaison entre les rendements des associés par rapport aux témoins montre que tous les associés montrent un rendement supérieur au témoin fertilisé de manière . On observe néanmoins des rendements inférieurs au colza fertilisé avec 30 unités d’azote supplémentaires excepté pour la modalité Lentille/Féverole/Sarrasin/Niger désherbé en post‑levée qui produit un rendement supérieur de 200 kg à son homologue.

Cette dernière modalité associée est la meilleure des associées puisqu’elle produit 5,020 T en moyenne. Les deux moins bonnes associations sont les deux modalités cultivées avec les mélanges commerciaux JD2 et Colza‑Fix‑Trio il produisent en effet respectivement 4,750 et 4,735 T/ha.

Comment expliquer le rendement inférieur des modalités sans désherbage ? Les colzas n’ont pas eu a digérer les substances actives donc ils auraient du produire un rendement plus élevé, cependant ce n’était pas le cas. Les adventices pourraient être en cause. Le graphique des adventices peut expliquer en partie cette observation. Tout d’abord les comptages ont été réalisés en fin d’hiver, certaines adventices avaient donc déjà surement disparu. Il se peut qu’un nombre plus important de plantes indésirables étaient présentent durant l’automne et qu’elles aient concurrencé le colza même si cette observation n’a pas été faite durant le suivi de la culture. Il aurait été plus utile de réaliser les comptages avant l’hiver pour observer toutes les adventices présentes. De plus, on avait pu constater que les témoins comprenaient une quantité plus importante d’adventices, ce qui a pu concurrencer le colza.

Une autre hypothèse serait le développement du couvert trop important. Comme nous l’avons vu précédemment, la biomasse du couvert sans désherbage était plus élevée que les autres modalités de désherbage. Les légumineuses ont peut‑être concurrencé le colza en automne, ce qui aurait eu des répercussions lors de la récolte. Néanmoins, on peut observer que les modalités témoin sans désherbage ont elles aussi un rendement inférieur alors qu’il n’y avait pas de couvert qui aurait pu gêner. C’est peut‑être la combinaison des adventices et des couverts qui sont en causes.

 

Rendement du froment en rotation après colza associé

On voit une augmentation moyenne de 201 kg/ha pour Court‑Saint‑Etienne alors qu’une augmentation de 191 kg est observée à Fromiée.

Ces résultats sembleraient confirmer les résultats des essais réalisés les années précédentes par Greenotec et Terre Inovia.

Conclusions et Perspectives

Les mesures effectuées sur les essais de la saison culturale 2017-2018 ont donné des résultats intéressants :

Les essais menés via les micro‑parcelles ainsi que sur les longues bandes chez les agriculteurs permettent de faire avancer la technique et permettent aux agriculteurs d’apprendre les itinéraires qui fonctionnent et ceux qui se comportent moins bien sur leurs propres parcelles.

Au point de vue agronomique, nous avons pu observer sans l’analyse statistique que les colzas associés produisaient une biomasse aérienne inférieure avant l’hiver par rapport au colza cultivé en culture pure mais qu’il se rattrapait ensuite puisqu’à la floraison, aucune différence significative de biomasse n’avait pu être constatée. Une augmentation des rendements a aussi été observée dans plus de 70% des cas. Cette année, l’augmentation variait pour la plupart des modalités entre 3 et 7% en plus du colza cultivé avec un itinéraire classique, avec des essais produisant pas moins de 16% en plus.

Un intérêt environnemental a pu être constaté au niveau des intrants. Des réductions de dose d’azote ont pu être faites tout en obtenant un rendement équivalent. Point de vue herbicide, nous avons vu qu’il était possible de réduire les doses voir de supprimer l’anti‑dicotylée dans le cas de parcelle peu salissantes, le principal étant de produire un maximum de biomasse en automne. En ce qui concerne les insectes ravageurs, peu de conclusions ont pu être tirées grâce aux essais de cette année, des améliorations peuvent encore être faites.

Dans la plupart des cas, les agriculteurs s’y retrouvent économiquement parlant grâce à l’augmentation de rendement et la diminution des intrants qui compensent le cout de semences du couvert lorsque celui‑ci n’est pas trop élevé. Des gains de 100€ ont souvent été constatés cette année, ce qui n’est pas négligeable vu le contexte économique agricole actuel difficile. Malgré des pertes chez certains agriculteurs, une augmentation du rendement du froment permettra sans doute la compensation. La réduction des traitements insecticides pourra aussi être pris en compte, dès lors que l’effet protecteur de l’association sera démontré.

Nous avons pu constater que l’implantation du colza et des plantes compagnes demandait rigueur et réflexion pour un bon déroulement de la culture. Un semis tôt dans la saison permet une biomasse importante du couvert qui produira alors tous ces avantages.

Néanmoins de nombreuses questions restent encore à creuser :

  • Lien entre production de biomasse et augmentation du rendement
  • Effet du couvert sur les ravageurs (insectes d’automne, pigeons…)
  • Cycle de l’azote
  • Effet du couvert sur la gestion des adventices.
  • Développement de cette technique en AB

Les essais de la saison culturale 2018-2019 tenteront de répondre à ces questions avec des comptages d’adventices et des suivis de dégâts de ravageurs. Vu les résultats obtenus dans la culture de froment en année n+1, nous continuons à suivre ces essais sur 2 ans.

Remerciements

Ces essais résultent d’une collaboration entre l’ASBL Greenotec, des agriculteurs membres de l’ASBL (pour la mise en place des plateformes d’essai), la SCAM, les firmes commerciales Jouffray-Drillaud et Sem-Partners (pour la fourniture des semences) et la firme BASF (pour la réalisation de traitements phytosanitaires).

L’ASBL Greenotec tient à remercier Eline Dufossez, pour son travail et le suivi des essais tout au long de la saison, le CIPF pour la mise a disposition de leurs étuves ainsi que le SPW et la DGARNE pour son soutien à l'ASBL Greenotec.