AG 2017/03/01: Présentation Brendon Rockey

Rotation biennale : pomme de terre / couvert Biomax

Un système intensif où le sol et la biodiversité ont une place centrale.

Vidéo de la présentation

Introduction

La conférence de Brendon Rockey débute par une petite vidéo qui introduit son système de culture et son exploitation :

"La production de pommes de terre commence par un sol en bonne santé"

"Vous devez prendre soin du sol pour que le sol puisse prendre soin de vous"

Présentation de l'exploitation

Il est la troisième génération à travailler sur l’exploitation. Elle a été créée en 1938 dans le Sud du Colorado aux Etats-Unis.

Le climat est très différent de celui de la Belgique. Ils sont situé à 2300 mètres d'altitude. Le long hiver propre à cette altitude engendre une saison culturale relativement courte. Ils sont en condition quasi désertique (- de 150mm d’eau de pluie /an). La quantité d’eau de pluie est insuffisante pour cultiver, ils sont donc obligés d’irriguer. Ils ont accès à une nappe d’eau souterraine rechargée par la fonte de neige issue des montagnes. Il réalise aussi des buttes d’automne mais pour des raisons bien différentes : conserver l’eau issue de la fonte des neiges tombées en hiver.

Il produit ses semences certifiées.

Sur la photo ci-jointe, 4 cercles de production lui appartiennent, ce qui représente +- 200 hectares. La forme est due à l’irrigation par pivot central.

La rotation classique dans cette région est une rotation biennale "pommes de terre/ orge".  Aprés avoir réalisé plusieurs années cette rotation, il l'a changée par "pommes de terre/couvert biomax".

Il nous explique pourquoi ces modifications et les avantages qu'il en ressort.

Les modes de production dominants mis en question

Brendon explique que le problème actuel de nos pratiques est que nous fonctionnons suivant une vision linéaire .

Actuellement, si on a un problème d’insectes, notre habitude est d’utiliser un insecticide. L’ensemble des solutions actuelles sont basés sur l’utilisation des produits en « -cide », des produits pour tuer.

Dans cette vision linéaire, il explique que l’utilisation de ces produits vont avoir des répercussions qui ne sont généralement pas pris en compte. Par exemple, si on utilise un insecticide nous ne tuerons pas seulement les pucerons, mais également les insectes utiles. Par ailleurs, après l’utilisation d’un insecticide, les premiers insectes qui réapparaissent sont les ravageurs et non les insectes bénéfiques.

On se retrouve donc dans une spirale néfaste et l’on doit utiliser de plus en plus d’insecticide contre ces ravageurs.

Il tire les mêmes conclusions pour les fongicides: on va détruire des champignons dont certains sont bénéfiques. Ils ont un rôle dans la défense des végétaux contre les maladies et/ou les ravageurs.

D’après ses constatations, plus on cherche à tuer un problème, plus on augmente la sensibilité de la culture et donc, l’emploi de ces produits néfastes est augmenté pour obtenir des résultats équivalents.

A l’origine, Les nématodes n’étaient pas présents sur l’exploitation. Ils sont arrivés quand son frère et lui étaient à la tête de l’exploitation. Le problème des nématodes était décuplé aux endroits où l’utilisation de fongicide était récurrente. Les fongicides supprimaient les champignons qui attrapent et tuent les nématodes.

Sa réflexion ne se limite pas aux pesticides mais s'intéresse aussi aux fertilisants minéraux.

Brendon explique que ces derniers ont un impact négatif sur certains organismes du sol. Ils inhibent ou détruisent les bactéries qui fixent l’azote et les champignons mycorhizes. Ceux-ci pourtant constituent de très bons alliés naturels: ils permettent de rendre disponible le phosphore du sol et l'azote de l'atmosphère pour nos plantes.

On peut voir sur cette dia, que la vie du sol  a une place centrale dans notre système de production. Quand on la retire du système, cela peut avoir un impact négatif sur le carbone et sur la structure du sol. En effet, c'est la vie du sol, comme les champignons et les bactéries qui vont créer les agrégats dans le sol.

La mauvaise structure du sol aura un effet sur la capacité d'infiltration et de rétention du sol.

Cette photo montre bien les problèmes liés à la mauvaise structure du sol. L'enfoncement des asperseurs est un problème commun aux fermes voisines. Ils rejetaient la faute sur la nature du sol mais ils se sont rendu compte que c'était dû à leurs propres pratiques.

Actuellement, grâce à sa méthode, il n’a plus ce problème dans ses champs. Il a été obligé de prendre cette photo dans les champs du voisin.

Ils rencontraient aussi une prolifération importante d’adventices. Les espèces d’adventices présentes sur l’exploitation étaient indicatrices d’un sol pauvre et mal drainé.

Beaucoup d’insectes sont granivores et mangent les graines des adventices. En utilisant les insecticides, on tue également ces insectes qui pourtant limitent la propagation des adventices.

« Nous avons créé un nouveau problème en utilisant des pesticides. »

Il s’est rendu compte qu’il ne s’en sortait pas de cette manière car à chaque fois qu’il essayait de régler un problème avec un "-cide", il en créait un nouveau.

Pour la gestion des adventices, si on décide de ne plus utiliser d'herbicide, on peut encore penser au labour. Mais c'est sans prendre en considération l'impact négatif que le labour aura sur le taux de carbone et sur la structure du sol.

Il invite toute personne intéressée à lire l’article de Christine Jones: « Nitrogen : the double edged sword (Nitrogène : l’épée à double tranchant) ». Elle explique la toxicité que représentent certains engrais minéraux pour les organismes bénéfiques du sol.

  • Nom du fichier : Jones nitrogen the double edged sword july2014
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Modification de la méthode de production

Brendon n’est pas en bio mais il a développé une approche personnelle qu'il nomme "agriculture biotique" (sa définition : Une approche agro-écologique qui soigne, nourrit et supporte les relations entre toutes les composantes, vivantes ou non, du système dans son ensemble.)

Ils ont recréé un système résilient en amenant un maximum de vie dans le sol.

Il explique qu'une bonne structure du sol lui permet d'avoir:

  • Une bonne gestion de l’eau. Il a nettement diminué la quantité d’eau irriguée. Cela ne veut pas dire que la pomme de terre utilise moins d’eau mais que l’eau est utilisée de manière plus efficiente.
  • Un sol avec une meilleure portance.
  • Une bonne oxygénation du sol grâce à un meilleur échange de gaz.

En mettant en place cette technique, il a su garder les mêmes rendements, améliorer la qualité et réduire drastiquement ses coûts de production.

Utilisation d'intrants biotiques

il va utiliser des intrants tels que :

  • Des couverts végétaux
  • Des plantes compagnes
  • Du bétail
  • La création d'habitats pour insectes bénéfiques (bandes fleuries)
  • Du compost
  • Des intrants issus de leur groupe qui s’appelle Soil Guys. (exemple : des intrants à base de poisson)
  • Il injecte via son système d’irrigation un mélange de bactéries et champignons bénéfiques qui vont aider la plante à combattre les maladies.

Tous ces éléments ont quelque chose en commun, ils apportent du CARBONE et de la vie dans le sol.

Le cycle du carbone est un élément essentiel dans ce système.

 

Il conseille la lecture d’un autre article de Christine Jones : « Liquid carbon pathway unreconised. »

 

  • Nom du fichier : Jones liquidcarbonpathway afj july08
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Présentation de sa méthode pour la gestion des "indésirables" :

Les plantes en bonne santé ont la capacité de se défendre seules face aux différentes maladies/virus/nématodes/ravageurs. Cela rend le système plus fort.

Pour la gestion des nématodes,

Il n’a pas utilisé de pesticides mais des plantes de couvertures spécifiques.

Pour la gestion des adventices,

Il a toujours des adventices dans son exploitation mais les espèces ont changé. Maintenant, ce sont des plantes indicatrices d’un sol bien drainé et en bonne santé. 

Pour éviter la propagation des adventices, il évite qu’elles montent en graine et vient faucher l’ensemble de ses plantes de couverture avant la montée en graine.

Pour la gestion des ravageurs,

Il a créé un système où les insectes bénéfiques vont venir réguler la population des insectes ravageurs. 

Une étude montre que pour chaque espèce d’insectes ravageurs, il existe 1700 espèces d’insectes bénéfiques. Il préfère donc se concentrer sur ces 1700 insectes bénéfiques.

« La base de ce système résilient est la diversité des plantes. »

La diversité , le maître-mot de son exploitation

La première année d’implantation de ses couverts, il avait mis des monocultures.

L’année suivante, il a mélangé 7 plantes différentes. Il a vu une amélioration importante de son sol en l’espace de seulement un an. Il a donc décidé de continuer dans ce sens et a amélioré ses couverts en mélangeant de plus en plus d’espèces. Actuellement, il en utilise 16 (par exemple: radis, moutarde, lentille, lin, tournesol, …).

Chaque année, il change les espèces utilisées. En variant les mélanges, cela lui permet de profiter de l’ensemble des bénéfices des plantes.

La diversité qu’il amène sur son exploitation passe également par :

  • venir apporter du bétail sur ses terrains pour brouter les couverts
  • cultiver des plantes compagnes au sein même de la culture de pommes de terre.

Pourquoi mélanger les espèces ?

Au niveau des racines, chaque plante va dégager des exsudats différents mais aussi occuper des espaces différents et avoir des fonctions différentes.

Au niveau foliaire, il y a un développement foliaire différent et donc une couverture du sol plus importante.

Des exemples de plantes et leurs bénéfices sont expliqués dans la vidéo

Les plantes compagnes

Il a introduit des pois dans ses champs de patates. Les rendements sur ces parcelles ont été améliorés en comparaison aux parcelles en monoculture.

L’année suivante, il a introduit 16 KG par hectare de pois en même temps et à la même profondeur que les pommes de terre. Le développement du poids n'a pas été limité car ses terres sont légères et sableuses. Elles présentent donc moins de résistance au développement des plantules que nos terres.

Par la suite, il a ajouté deux autres légumineuses (fixation azote) et Sarrazin (pour attirer les insectes bénéfiques).  

De plus, il a introduit des bandes fleuries multi-espèces pour fournir un habitat aux insectes bénéfiques. Celles-ci avaient déjà montré des impacts bénéfiques dans ses serres contre les trips et les pucerons. Elles permettent le développement et la reproduction des insectes prédateurs.

Souvent en lutte biologique, on vient inoculer dans le milieu les insectes prédateurs au moment où l’on observe des ravageurs. Il est alors souvent trop tard. Garder et permettre la reproduction sur le champs et dans les serres des prédateurs permet de limiter l’arrivée et le développement des ravageurs.

Pour résumer : voici une comparaison du système dit conventionnel et du système mis en place chez Brendon Rockey :

"L'un est concentré sur le développement de la vie alors que l'autre est concentré sur sa destruction"

Conclusion

Son système est bénéfique pour le sol, pour l’agriculteur, pour le consommateur mais aussi d’un point de vue économique.

En comparant son utilisation de fertilisants, de pesticides et d’utilisation d’eau, il en arrive à déterminer que les coûts de production sont diminués de +- 1000 euros par hectare par rapport à ses voisins.

"Beaucoup d’agriculteurs pensent qu’il faut augmenter les rendements à tous prix.  Je pense et j'observe qu'il est plus profitable de diminuer les coûts de production et améliorer la qualité du produit."

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